Lédésor

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samedi, 21 janvier 2012

Space Oddity




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Quelque part, je lis : J'écris (...) pour me reconnecter au centre de mon moi. Pétard de sort, qu'est-ce que c'est que ça ? Ailleurs, je tombe sur une citation de Cioran (que je n'ai pour l'heure pas lu) : Ne regarde ni en avant ni en arrière, regarde en toi-même, sans peur ni regret. Nul ne descend en soi tant qu’il demeure esclave du passé ou de l’avenir. La belle affaire bien péremptoire que voilà.

Mon moi ? Mon soi ? Mon soi-même ?

Si tant est que j'entre en liaison avec le centre de mon moi ou qui sait que je descende dans les tréfonds de mon for intérieur, je n'y trouverai sûrement pas de moi. J'y trouverai les autres, tantôt l'un, tantôt l'autre, tantôt des foules. Les mots que je leur adresse, les discours qu'ils me tiennent. Descendre en moi, ce serait trouver un monde, des mondes, des histoires qui s'y racontent. Des sacs de nœuds et des embrouilles. Ou un rien. Du plein et du vide. Mais du moi, que dalle. J'en veux pas.



Photographie de Lee Miller, Portrait of space


vendredi, 13 janvier 2012

Signe de coeur




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Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de cœur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de cœur
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de cœur
Cœur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l'arbre
Racines vignes de vie
Vignes de chance
Vignes de cœur
Au bout des racines il était la terre
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.

Robert Desnos, Il était une feuille, Les portes battantes (1936)

André Kertesz, Untitled (1979)



jeudi, 12 janvier 2012

Un ange passe




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Poser sa tête sur un oreiller
Et sur cet oreiller dormir
et dormant rêver
A des choses curieuses ou d'avenir,

Rêvant croire à ce qu'on rêve
Et rêvant garder la notion
De la vie qui passe sans trêve
Du soir à l'aube sans rémission.

Robert Desnos, Rêves (extrait), Destinée arbitraire

Maureen Bisilliat, Ensaio Pele Preta (1963)



dimanche, 1 janvier 2012

C'est pas tout tout ça mais c'est la bonne année, ouais




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Eh beh, même du côté des greffiers (enfin ceux de chez moi), c'est l'expectative. On ne peut pas dire que la nouvelle année nous transporte d'allégresse. Ni que, au vu des coups durs dans nos rangs et partout dans le monde en 2011, nous soyons vraiment persuadés de l'utilité des bons vœux.
Enfin, quand même, nous n'avons, les greffiers et moi, qu'un seul souhait à formuler, du plus profond de notre estomac qui n'est pas encore descendu dans nos talons : que sarko et toute sa clique - toute, toute celle qui a soigneusement été mise en place - dégagent en 2012, bien bien bien bien loin. Déjà l'air sera un peu plus respirable. Les bons vents d'ailleurs soufflent du Sud. Le vœu n'est pas très original en ces temps de plomb, et quelqu'un de très bien l'a déjà formulé avant moi, mais voilà, il m'occupe puissamment.

Et à part ça, à vous qui passez par ici, une belle année, n'est-ce pas. Du fond du cœur ce coup ci. :-D



Illustrations : There are cats de Viviane Schwarz (son site)


samedi, 24 décembre 2011

Aïe Carambar !




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Carambar, par Sylvain Naudin



Ah, cette délicate papillote jaune citron élégamment colorée de fuchsia et portant au dos d'absurdes blagounettes, ce bâton de 8 cm de long merveilleusement dur et collant qui pourrait bien arracher une dent quand on le mastique et qui bousille le fond des poches quand on l'y oublie tout poisseux, ce goût délectable de caramel industriel.
Gloire au Carambar, mon bonbon fétiche, ce délice qui fait coller les baisers.

Dire qu’on a bien failli ne jamais en croquer. Car oui, le Carambar, comme les Bêtises de Cambrai, est le fruit d’une bavure. En 1954 à Marcq-en-Barœul dans le Nord, dans l’usine du chocolat Delespaul-Havez. Selon la légende, c’est par accident qu’un mélange de caramel et de cacao aurait atterri dans une machine déréglée et aurait donné naissance à la célèbre confiserie…

Et maintenant, à vos fourneaux ! Il ne sera certes pas question de la Vodka Tagada, nectar réservé au jour de l'An. Mais en ce jour d'agapes...



... voici la recette secrète et interdite du Gâteau aux carambars et marshmallows

Recette à la portée de la plus nulle des pâtissières, le plus complexe étant d'enlever les papillotes en lisant les blagues. Valentine Chacureuil s'en lèche déjà les moustaches en se marrant.

Il faut : 44 carambars au caramel, 1 paquet de chamallows (200 grammes), 185 grammes de beurre, 1/4 de paquet de rice krispies (80 grammes).

Mettre dans un saladier tous les carambars, les marsmallows, le beurre. Cuire 5 minutes au micro-ondes en touillant une ou deux fois pendant la cuisson. Lisser avec une spatule, la pâte doit former un ruban. Incorporer les rice krispies. Faire refroidir dans un moule rectangulaire, puis laisser reposer 12 heures au frigo. Découper et se régaler. Ce sera parfait au douzième coup de minuit, si ceux ci résonnent bien à Noël, car là j'ai un doute.


vendredi, 23 décembre 2011

See you later, alligator !




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After a while, my crocodile !



Illustration de Glen Baxter


dimanche, 27 novembre 2011

Là-bas...




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Abandoned Hogan


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Overlook, near Nazlini, Winter


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Cottonwoods, Canyon de Chelly


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Titus Canyon, Death Valley


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Mudhills and Desert Floor



Astronome, Stephen Strom observait le rayonnement des étoiles lointaines, dans l'espoir de comprendre comment était né le Soleil, comment avaient pu se former les astres et les systèmes planétaires. Perché sur les montagnes reculées du sud-ouest américain, l’œil levé vers les cieux, il ne manquait pas cependant de contempler les terres désertiques étendues à ses pieds, ébloui par les contours que dessinait la lumière rasante de l'aube et du crépuscule.
Il est devenu photographe.

La série Earth Forms saisit un paysage façonné depuis des millénaires par les forces de la nature et en compose l'histoire, une histoire réinventée par la lumière qui pénètre, sculpte et sous laquelle ondulent formes et couleurs. Juste pour donner à regarder profondément ce que le désert immémorial et la lumière infinie créent ensemble. Le magnifique équilibre de la Terre Mère des Navajos, cette terre qui accueillait, berçait, permettait d'être et de rêver.




Stephen Strom, série Earth Forms (son site)


jeudi, 24 novembre 2011

Le fil du rasoir est bien étroit




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Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie ne soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier.

En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout où je crois l’apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n’atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre, je me dépêche de m’emparer de ma victime.

Qu’ai-je alors entre mes bras ?

Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l’effroi à bander. Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur.


Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, traduit du suédois par Philippe Bouquet, Actes Sud (incipit)

Masao Yamamoto, Série Nakazora #1056 & 1277 (le site du photographe)






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Nakazora est un terme bouddhiste que l’on peut traduire par ”entre la terre et le ciel”, c’est-à-dire entre la vie et la mort, entre le rêve et la réalité, dans l’indécision du temps et de l’espace.


samedi, 12 novembre 2011

Il est tombé une obscurité de pierre




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Je suis le soldat Christophe Toxel. Cela fait maintenant 19 mois que je suis au point 621, sans jamais avoir été relevé. On m'apporte la soupe tous les jours à midi. Un sous-officier visite la position à peu près tous les 15 jours. Depuis 19 mois, je n'ai constaté aucune activité dans le secteur. Je n'ai jamais entendu non plus le chant des oiseaux. Depuis le temps que je suis là, j'ai l'impression de connaître le moindre grain des collines de poussière qui forment tout mon horizon. Si la nature retrouvait ses droits ici, s'il y avait un peu de verdure, je crois que ce ne serait pas trop désagréable. J'attends. La position - on peut l'appeler comme ça, c'est un trou que j'ai aménagé selon les consignes en vigueur - s'effrite constamment. Sans bruit. Sa consolidation m'occupe et m'enchaîne dans la répétition monotone et mécanique des gestes. Ici, tout est gris. La lumière est de cendre, le soleil est grisâtre, les nuages sont métallisés. Je suis le soldat Christophe Toxel. Cela fait maintenant 19 mois que je suis au point 621, sans jamais avoir été relevé. J'attends. J'attends la balle qui me tuera.


Je pense à mon grand-père Jean, constamment resté sur le front, au plus fort des combats, de 1915 à 1918, en Artois, en Champagne, sous les gaz de Verdun, sur l’Aisne, en Picardie. Lui, le Provençal habitué des grands espaces et du soleil, piégé quatre années durant dans le froid, la boue et la mitraille du Nord, et même entre deux offensives, expédié dans les Balkans. Survivant parmi les morts.
Il n'y aura jamais de "der des der" de par notre monde.
Pour toujours hantée par l'effroyable boucherie de toutes les guerres.
Je pense à l'éternité du néant qui nous pend au bord de la gueule.



Photographie de Andrei Baciu, My Hill Haiku (son site)


samedi, 8 octobre 2011

Macofeeling



J'ai toujours eu un penchant pour Mac. On peut se demander pourquoi vu je n'y connais rien, mais j'aime les objets à la pomme et je n'ai jamais vu un PC de (très) près.
Mon premier ordinateur était un Mac SE. Un bien joli petit cube. J'en ai eu d'autres ensuite, lui je l'ai gardé. Il marche encore, je ne sais pas comment je pouvais travailler sur un si petit écran mais j'en étais très contente à l'époque.

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Félicité aimait bien se jucher sur le SE pour me surveiller et m'encourager à la tâche. Il a été plus difficile pour elle de tenir sur le sommet arrondi du iMac mais elle y arrivait. Puis je suis passée au portable, et sur le iBook, pas question de la laisser s'asseoir sur le clavier. Alors elle se tenait à côté, et curieusement l'inspiration passait moins bien. Aujourd'hui, Valentine Chacureuil se fiche complétement de mon MacBook Pro. Elle chasse les vraies souris.







samedi, 1 octobre 2011

Prendre un taureau par les cornes, ça sert à quoi ?




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Les pensées du bœuf... On croirait, dit Lubin, que ce sont des pensées lourdes. Mais non, mais non, ce sont des pensées un rien lentes, ruminées, mais délicates. Un bleuet, une fée, un peu d'avenir, une mouche, un rayon de lune, ce sont les pensées du bœuf. D'ailleurs, ça se voit dans son œil et dans la délicatesse de sa marche. La queue de bœuf bien préparée, ajoute Lubin, donne aussi une idée de cette délicatesse.

Norge, Les pensées du bœuf, Poésies 1923-1988, NRF Gallimard

Sharon Montrose, Série Other Animals 01 (son site)



samedi, 24 septembre 2011

Le monstre amoureux




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J'ai peut-être une petite faiblesse pour les araignées, au sujet desquelles j'ai édité un guide des toiles géométriques, le seul que je connaisse jusqu'à présent. Les araignées sont des animaux d'une beauté époustouflante, mais que les hommes connaissent mal. J'aime l'idée d'essayer de les réconcilier.

Pierre Déom, le grand manitou de La Hulotte (entretien paru dans l'Express)

Louise Bourgeois, Araignée, aquarelle et encre sur papier



Je me demandais ce que diable pouvait bien faire, presque chaque matin, à pédaler au fond du lavabo ou de l'évier, un bestiau plein de gigantesques pattes (pas poilues mais bon, quel spectacle horrifique avant le petit-déjeuner). Alors bien sûr, je tends au monstre un mouchoir en papier qu'il agrippe et à toute vitesse je m'en vais l'expulser au jardin. Mais pourquoi toujours en début d'automne et pourquoi empêtré au fond d'un sanitaire ?

Après enquête serrée (il m'a suffi d'ouvrir La Hulotte, le journal le plus lu dans les terriers), il s'avère que l'individu est masculin (en plus de ses pattes interminables, il porte deux grosses seringues à sperme sur la tête, oui c'est bizarre) et s'appelle Araignée Tégénaire. Tout juste adulte, ce téméraire a osé s'introduire clandestinement dans la maison pour y dénicher sa fiancée, cet autre monstre qui se balade au plafond. L'automne, c'est la saison des amours chez les araignées. Mais voilà, qu'au cours de ses déambulations nocturnes en quête de sa belle, zou, le futur époux dérape sur la terrifiante patinoire du lavabo, dégringole au fond, et pour remonter bernique ! C'est bête mais ses immenses pattes n'ont pas de chaussons antidérapants pour agripper les vertigineuses parois lisses. Roméo est coincé. En plus, il n'a pas trouvé sa Juliette.

Et donc, non, contrairement à la légende, le monstre ne surgit pas du tréfonds des canalisations, il s'est juste cassé la figure en surface. Heureusement, moi zumaine courageuse, je m'en vais le délivrer (la terreur est un froussard qui jamais ne mordrait la main qui le sauve, en plus c'est un héros qui extermine les moustiques) et je gagne ainsi des points pour le paradis (auquel je ne crois pas du tout du tout bien entendu, n'empêche...).


mardi, 20 septembre 2011

Cocorico petits poulets #5




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Je les ai aperçus un jour, se pavanant moqueurs dans la vitrine d'un très chic magasin d'un très chic arrondissement parisien. Voici que je les retrouve arpentant joyeusement la toile, toujours aussi pimpants et fantaisistes. Rois et reines de la basse-cour. Saisis sur le vif et habillés des pages de grands quotidiens qui leur dessinent plumages et collerettes. Poulettes girondes, coqs fiérots, commères poules en goguette, bataillon de poussins, timides pintades et canards goguenards.


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Des sculptures en papier mâché, façonnées par Nicole Jacobs et Aude Goalec. Du papier journal mais aussi des magazines ou des affiches, de la colle à papier peint, du fil de fer et du grillage, parfois même du fer à béton, deviennent entre leurs doigts un pétulant poulailler. Tout le jeu réside dans le tri et le choix des pages, des caractères typographiques, titres et couleurs qui vont former le plumage plein d'humour de leurs bavardes créatures.




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Le bestiaire de Nicole Jacobs et Aude Goalec
On y trouve bien sûr les volatiles familiers de la basse-cour avec les poules fétiches, les animaux de la ferme... mais aussi d'insolites bêtes sauvages...



Précédents épisodes : #1, #2, #3, #4


vendredi, 16 septembre 2011

Motus




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Il voulait, par les suffixes, ordonner le dictionnaire.
C'était là saisir les mots par le derrière.
La chose ne semblait pas aisée.
Qu'en ferons-nous ? pestait l'atrabilaire.
N'en faites rien, il aimait juste effeuiller les possibles.
N'en faites rien, il aimait seulement semer les mots.




Peinture de Valérie Raymond-Stempowska, Toile blanche
"Écritures poétiques et Lettres d'amour", Les Nouvelles coïncidences galerie


lundi, 12 septembre 2011

Oublier #2




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Les Fameux pour conserver leurs souvenirs les embaument de la suivante façon : après avoir fixé le souvenir avec tous ses détails, ils l'enveloppent de la tête aux pieds dans un drap noir et le mettent debout contre le mur du salon avec une étiquette disant : "Excursion à Quilmes" ou : "Frank Sinatra".

Tout au contraire, les Cronopes, ces êtres désordonnés et tièdes, laissent les souvenirs en liberté dans la maison au milieu des cris joyeux, des allées et venues et si d'aventure l'un passe prés d'eux en courant, ils le caressent au passage et disent : "Attention à l'escalier", ou encore : "Tu pourrais te faire mal." C'est pour cela que les maisons des Fameux sont silencieuses et bien rangées, tandis que chez les Cronopes il y a toujours grand remue-ménage et portes qui claquent. Les voisins se plaignent souvent des Cronopes, et les Fameux hochent la tête d'un air compréhensif et vont vite voir si toutes leurs étiquettes sont bien à leur place.

Julio Cortazar, Conservation des souvenirs, Cronopes et Fameux, NRF Gallimard

Julio Cortazar et son chat Adorno (pas réussi à trouver l'auteur de la photo)




Autant dire que j'aimerais bien conserver mes souvenirs à la manière des Cronopes... M'en vais vite aérer tout ce fatras, alléger les strates qui feutrent. Et cajoler ma mémoire. Que les souvenirs vivent, bondissant comme de joyeux chatons, et nous enchantent !


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